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Gilioli


Émile GILIOLI
(10/6/1911, Paris - 19/1/1977, Paris)

 

 

 

« Cette puissante femme couchée qui cache son visage derrière le miroir, m’aime. Elle se tient là comme un bateau pour transporter des montagnes, des prairies qu’elle a acquises pour mieux s’identifier. Mais le sourire de ses seins me regarde comme deux énormes grains de raisin noir pour me reduire à les manger. »

GILIOLI. "Réflexions de Gilioli". Exposition Château d’Annecy - Septembre 1978.

Exposée sous le numéro 10.


«C'est la densité inventive des formes qui me tient cloué là pendant des heures… Ce silence qui est autour de cette masse dissymétrique, cette forme en marche dans tous les sens… ». Emile Gilioli est un des chefs de file de l'abstraction lyrique dans la sculpture des années cinquante, dont l'œuvre se caractérise par le dépouillement et l'élancement. S'exprimant dans des matériaux classiques : le marbre, l'onyx, le bronze doré, cet artiste oscille entre la tradition des tailleurs de pierre et la fantaisie du traitement de ses sujets. Ses œuvres se décomposent en formes géométriques où la courbe et l'angle s'épousent, sensuels. Elles se parent alors de couleurs vives où le noir vient parfois faire contrepoint. Travaillant avec soin les reflets d'une matière brute, il polit au soleil les flanc de son œuvre…en genèse. « Ce n'est pas le modèle qui compte, mais la lumière » lui dira son professeur de l'Ecole des Beaux Arts ; conseil dont il fera le secret de son œuvre. Peut-être est-ce pour cela que ses œuvres sont faites pour être exposées en plein air. « Je dirai que la belle sculpture pour moi, c'est le ciel, je ne le dirai jamais assez . En définitive mon plus grand désir, ce serait d'arriver un jour à faire une sculpture en plein ciel, qui respire avec lui l'unité. Je le sais bien que sur le plan de l'amour cela n'est possible que si le ciel est dans moi. » L'horizon gardera toujours une importance prédominante pour Gilioli, de même que le soleil qu'il décline sous différentes formes : tête, sphère, boule, sein qui viennent chaque fois affronter le triangle ou le trapèze. L'astre solaire roule sur les arêtes et casse ainsi la surface stricte de ses œuvres, les axant d'un nouvel équilibre. Symbole de liberté et d'infini, la rotondité émerge de façon prégnante dans «La Poupée», dont le volume massif est hérissé d'excroissances sphériques. Empreinte de poésie et de finesse, son œuvre révèle également des sculptures au lyrisme vertical saisissant (L'Homme-Oiseau ; Esprit, Eau et Sang…). La plupart de ses œuvres partent d'une abstraction du corps humain qu'il dépouille peu à peu, pour aller vers une épuration formelle encore plus prononcée. L'ouvrier est alors au service de l'artiste, ce qui fait toute la singularité de son œuvre puisqu'à la force il allie le raffinement. Avec une méticulosité propre aux grands sculpteurs, Gilioli dans toute la richesse que possède la simplicité, relie le graphisme au volume. Légitimant ainsi la liberté du geste (de la main et de l'esprit), il amarre ses œuvres qui incarnent toutes un appel et un bloc, le commencement et l'aboutissement.Comme un homme amoureux, Gilioli guette et pressent l'éclosion de ses œuvres qui ancrent un lien chaque fois un peu plus fort entre la matière et la pensée, la terre et le ciel vers lequel s'étirent toutes ses créations. La sculpture n'est pas seulement une profession mais une confession disait-il… Chez lui, chacune de ses œuvres sont un acte de foi.
Ce silence qui est autour de cette masse dissymétrique, cette forme en marche dans tous les sens… ».

Emile Gilioli est un des chefs de file de l'abstraction lyrique dans la sculpture des années cinquante, dont l'œuvre se caractérise par le dépouillement et l'élancement. S'exprimant dans des matériaux classiques : le marbre, l'onyx, le bronze doré, cet artiste oscille entre la tradition des tailleurs de pierre et la fantaisie du traitement de ses sujets. Ses œuvres se décomposent en formes géométriques où la courbe et l'angle s'épousent, sensuels. Elles se parent alors de couleurs vives où le noir vient parfois faire contrepoint.
Travaillant avec soin les reflets d'une matière brute, il polit au soleil les flanc de son œuvre…en genèse. « Ce n'est pas le modèle qui compte, mais la lumière » lui dira son professeur de l'Ecole des Beaux Arts ; conseil dont il fera le secret de son œuvre.
Peut-être est-ce pour cela que ses œuvres sont faites pour être exposées en plein air. « Je dirai que la belle sculpture pour moi, c'est le ciel, je ne le dirai jamais assez . En définitive mon plus grand désir, ce serait d'arriver un jour à faire une sculpture en plein ciel, qui respire avec lui l'unité.
Je le sais bien que sur le plan de l'amour cela n'est possible que si le ciel est dans moi. »

L'horizon gardera toujours une importance prédominante pour Gilioli, de même que le soleil qu'il décline sous différentes formes : tête, sphère, boule, sein qui viennent chaque fois
affronter le triangle ou le trapèze. L'astre solaire roule sur les arêtes et casse ainsi la surface stricte de ses œuvres, les axant d'un nouvel équilibre. Symbole de liberté et d'infini,
la rotondité émerge de façon prégnante dans «La Poupée», dont le volume massif est hérissé d'excroissances sphériques. Empreinte de poésie et de finesse, son œuvre révèle également des sculptures au lyrisme vertical saisissant (L'Homme-Oiseau ; Esprit, Eau et Sang…).
La plupart de ses œuvres partent d'une abstraction du corps humain qu'il dépouille peu à peu, pour aller vers une épuration formelle encore plus prononcée. L'ouvrier est alors au service de l'artiste, ce qui fait toute la singularité de son œuvre puisqu'à la force il allie le raffinement. Avec une méticulosité propre aux grands sculpteurs, Gilioli dans toute la richesse que possède la simplicité, relie le graphisme au volume. Légitimant ainsi la liberté du geste (de la main et de l'esprit), il amarre ses œuvres qui incarnent toutes un appel et un bloc, le commencement et l'aboutissement.Comme un homme amoureux, Gilioli guette et pressent l'éclosion
de ses œuvres qui ancrent un lien chaque fois un peu plus fort entre la matière et la pensée, la terre et le ciel vers lequel s'étirent toutes ses créations.
La sculpture n'est pas seulement une profession mais une confession disait-il…
Chez lui, chacune de ses œuvres sont un acte de foi.


Passe son enfance en Italie. A 17 ans, travaille comme apprenti chez un forgeron et suit les cours du soir à l'Ecole des Arts Décoratifs de Nice. Obtient une bourse d'études et réussit au Concours d'Admission à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (1931). Travaille à la décoration du Pavillon de l'Elégance à l'Exposition Universelle de Paris. Première exposition personnelle à Grenoble, en 1941. Exécute, dans le département de l'Isère et la région Rhône-Alpes, des sculptures d'église et des monuments commémoratifs (le Mémorial de Voreppe en 1945, le Monument aux Déportés de l'Isère en 1949, le Monument aux Martyrs du Vercors en 1951). En 1945, s'installe à Paris et fait partie du groupe de la galerie Denise René, de celui du Salon des Réalités Nouvelles. Membre fondateur du Salon de la Jeune Sculpture et vice-président du groupe Espace animé par André Bloc. Entre à la galerie Louis Carré qui lui organise une exposition importante en 1958. Obtient le Prix de la Tapisserie à la Biennale de Sao Paulo, en 1957, le Grand Prix de Sculpture de la Ville de Carrare en 1959, le Grand Prix des Arts de la Ville de Paris en 1974. Réussit au concours pour le monument de Dag Hammerskjoeld, ancien secrétaire général de l'O.N.U. Chevalier de la Légion d'Honneur (1963) et Officier dans l'Ordre des Arts et des Lettres (1966). Son œuvre la plus importante -le Monument National de la Résistance-, au plateau des Glières est inaugurée en 1973 par André Malraux. Gilioli a eu 52 expositions particulières et a participé à environ 300 expo-sitions de groupe, jouant pendant plus d'un quart de siècle un rôle important dans la vie artistique française.


Fiche critique: Gilioli est l'un des chefs de file de l'abstraction lyrique dans la sculpture française. Trois éléments fondamentaux définissent son œuvre : son caractère méditerranéen, sa conception personnelle d'une sculpture organique et sa volonté de réaliser une sculpture habitable, intégrant l'architecture à la sculpture au service des hommes. Le caractère méditerranéen de son œuvre se manifeste par la plénitude des volumes clos, par la justesse des plans clairs, nets, aux angles vifs, bien délimités, par la pureté des formes qui allie la rigueur de la géométrie à la tendresse de la lumière largement répandue sur les surfaces lisses de ses marbres et de ses bronzes. Gilioli conçoit la sculpture comme une forme organique qui se développe par l'intérieur, sous la poussée d'une force de croissance pareille à celle des arbres. Pour lui, la sculpture n'est pas seulement une vue de l'esprit, mais surtout une forme dans laquelle on sent le battement d'un cœur. Poursuivant sa propre voie, dans la lignée d'un Brancusi et d'un Arp, participant à leur famille spirituelle, tout en gardant son indépendance et sa personnalité bien définie, Gilioli a créé une œuvre originale qui suit les lois de la nature et de la vie. Il rêvait d'une sculpture habitable. Vers la fin de sa vie, il a eu la chance de la réaliser, en créant son chef-d'œuvre, le Monument National de la Résistance du plateau des Glières. Déjà, dans le projet pour le Monument au Prisonnier Politique Inconnu, présenté en 1951 au concours de Londres, ainsi que dans le Pavillon d'Or, réalisé en plâtre, pour la Foire de Paris de 1963, la sculpture comportait, à l'intérieur, des salles de réunion, des couloirs et des espaces libres à la circulation. Le Monument National de la Résistance est une sculpture-architecture abritant un musée à l'intérieur. La forme extérieure a tous les caractères spécifiques d'une sculpture de Gilioli. Sur un plan incliné, une sphère est suspendue comme une boule dans un équilibre instable, prête à monter ou à descendre la pente, selon le verdict du destin. Cette image impressionnante du temps suspendu, où toute action se développe sous le signe de l'éternité, est le symbole vivant de l'âme de la Résistance. Nul artiste n'a su évoquer avec tant de grandeur et d'émouvante simplicité cette dimension spirituelle de la Résistance. Gilioli a su introduire dans l'art abstrait le langage du cœur et la nostalgie du ciel. C'est là son apport essentiel à la marche en avant de la sculpture contemporaine.


Bibliographie: Jianou, Ionel et Lassalle, Hélène : Gilioli, Collection Les Grands Sculpteurs, Ed. Arted. Paris, 1971, avec le catalogue rai-sonné des sculptures de l'artiste, 168 p., 98 re-prod.; Dopagne, Jacques : Gilioli, sculptures, Ed, Fernand Hazan, Paris, 1976, 40 p., 33 reprod,; Ragon, Michel: Le Monument de la Résistance au plateau des Glières, Cimaise, 1976: Caradente, Giovanni: Gilioli, Ed. Stend-hal, Milan, 1980, 144 p., 105 reprod. Catalogue de l'exposition de la Fondation Pierre de Courbertin (du 9 septembre au 15 novembre 1998) : Gilioli 1911-1977, Paul-Louis Rinuy, Angers, 1998, p.36 ; Catalogue de l'exposition du Centre Georges Pompidou (du 6 juin au 3 septembre 1979) :Gilioli Sculptures, Paris, 1979, p.14


Expositions personnelles: 1941 Gal. Lafarge, Grenoble. 1942 Gal. Repellin-Perriot, Grenoble. 1943 Gal. Comte, Grenoble. 1946 GaI. Lafarge, Grenoble, Gal. Breteau, Paris. 1950 Gal. Repel-lin-Peniot, Grenoble. 1951 Gal. de Beaune, Paris. 1952 GaI. Ex Libris, Bruxelles. 1953 La Demeure, Paris. 1954 Gal. Evrard, Lille. 1955 Gal. Denise René, Paris. 1956 Gal. Edouard Loeb, Paris, Ecole Normale, Chambéry. 1958 Gal. Louis Carré. 1960 Svensk-Franska Konstgalleriet, Stockholm, Gal. Craven, Paris. 1961 Gal. Bonnier, Lausanne. 1962 Gal. Dina Viemy, Paris. 1964 Gal. Pagani, Milan, Gal. Bongers, Paris, Gal. David, Grenoble, World House Gall., New York. 1966 Gal. Edouard Loeb, Paris, Gal. Veranneman, Bruxelles, La Demeure, Paris. 1968 Knoll International, Paris, Eglise Notre-Dame-du-Château, Felletin, Palais Galliera, Paris. 1969 Rétrospective, Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble. 1970 Musée du Périgord. 1971 Gal. Veranneman, Bruxelles, Gal. de Varenne, La Demeure, Paris. 1973 Gal. Cavalero, Cannes. 1974 M.J.C. Les Hauts de Belleville, Paris, Maison de la Culture, Dieppe, Gal. Sapiro, Paris, Musée-Château, Annecy. 1976 Gall. Stendhal, Milan, Reggiolo, Gall.Zanini, Rome. 1977 Château, Sainte-Feyre, Fondation Veranneman, Kruishoutem, Belgique. 1978 Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble, Musée-Château, Annecy. 1979 Centre Georges Pompidou, Paris. 1980 Kunstforening Lyngby, Copenhague, Gal. Pieter Coray, Lu. gano, Musée de Cluny. 1981 Museo de Bellas Artes, Caracas, Fondation Verraneman, Kruishoutem, Gall. Stendhal, Milan. 1982 Artcuria!.


Monuments, sculptures en plein air, œuvres dans l'architecture: Saint-Pierre (1942, pierre), Eglise de Saint-Auban. Christ (1942, pierre), Eglise du Sacré-Cœur, Grenoble. Mémorial de Voreppe (1945, pierre de Lens), Voreppe, Isère. Vierge (1945, pierre), Eglise de Sénard. Vierge (1945, pierre), Méaudre, Isère. Monument aux Déportés de l'Isère (1949, pierre), Parc Paul Mistral, Grenoble. Cheminée (1953, ciment), Immeuble arch. Marcel Roux, Claire. fontaine. Décorations (1953, relief pierre), La Gare Supérieure de Chamrousse. Bas-relief (1953, pierre), Immeuble à Montrouge. Décoration (1953, relief pierre), Fonderie A. Susse, Arcueil. Esprit, Eau et Sang (1953, bronze), Fondation Sonia Henie et Niels Onstadt, Oslo, Norvège. Polychromie (1954), Village Nerpic, Grenoble. L'Homme-Oiseau (1958, bronze), Ville de Lund, Suède. Le Clocher (1958, bronze), Parc Maraboot, Stockholm. Vitraux (1960), Chapelle de Voiron, Isère. Quart de Soleil (1961, pierre), Autoroute Anvers –Aix-la-Chapelle.Sculpture monumentale (1962, ciment), Lycée Technique de Guingamp. L'Homme de Paix - Monument à Dag Hammerskold (1965, bronze), Ville de Jonkoping, Suède. Persistance de la Sphère (1966, marbre de Seravezza, Hôtel de Ville, Grenoble. Sculpture (1969, fer peint), Lycée de Quimper. Mosaïque (1969, pierres), Le Périscope, Paris. Autel, Tabernacle, Décorations intérieures et Vitraux (1969) ,Eglise Notre-Dame du Rosaire La Tronche. Sculpture Monolithe (1970, marbre blanc de Seravezza, Imprimerie des Timbres-Poste ,Périgueux. Sculpture Monolithe (1970, marbre blanc de Carrare, Institut Universitaire de Technologie, Saint-Etienne. Monument de la Croix Rouge Internationale (1971, marbre),Castiglione delle Stiviere. Italie. Fleur Jaune (1972, marbre), I.U.T. Marie Curie, Sceaux. Jeanne d'Arc (1973, bronze poli), Camp de Canjuers. Monument National de la Résistance (1973, béton), Plateau des Glières. L'Ange Monument aux Martyrs de la Résistance (1973, bronze, Reggiolo. Esprit, Sang et Eau (Monument à Robert Buron) (1975, bronze), Laval. Sculpture (1975, fer), I.U.T., Metz. Esprit, Eau et Sang (1975, fer peint), C.E.S., La Bassée. Soleil sur la Colline (1975, inox), Les Jardins du Trocadéro, Paris. Soleil sur la Colline (1976, fer peint), I.U.T., EpinaI. Vitesse 1977, fer peint), Gendarmerie, Guéret. I.J.


Ionel JIANOU

" La Sculpture Moderne en France depuis 1950"

Jianou / Xuriguera / Lardera - Edts Arted -