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Marcel GIMOND

 
 
Marcel GIMOND
d'après l'Ouvrage
 
"SCULPTEURS DE CE TEMPS".
de Jacques BASCHET
 

 
L'atelier de Marcel Gimond est un musée. Un musée du visage. Côte à côte, sur les murs, sur une commode, sur une table, voisinent bustes, masques de tous les temps, de tous les styles. Des chefs-d'oeuvre. Il en est qui tout de suite saisissent l'attention: une petite tête de l'art grec, d'une exquise pureté; une figure egnigmatique arrachée à un temple kmer Aussi imprenable est cette face chinoise aux yeux secrets. L'Egypte est là, avec sa grandeur, dans cette minuscule statuette. Le sourire d'un ange du XIIIè siècle français fait penser à celui de Reims.
 
Il n'est pas besoin de s'attarder devant ces témoins choisis des grandes époques pour comprendre les leçons qu'en reçoit un artiste voué à l'interrogation du visage humain. Sur des stèles, ses propres oeuvres disent ses recherches, la foi tirée de cette constante confrontation.
 
Né à Lyon le 27 avril 1894, il fait ses études de sculpture à l'École des Beaux-Arts de cette ville, sous la direction de Prost. Avec ce professeur il travaille le matin, et l'après-midi il se rend au Musée des moulages, où il est seul, le crayon en main. C'est le meilleur de son temps et le plus grand profit qu'il tire de ses cinq années d'études.
     - J'ai toujours passé pour un révolutionnaire, je ne sais pourquoi, car nul ne s'est plus inspiré de Grecs, et aujourd'hui, comme professeur à l'École des Beaux-Arts, je presse mes élèves de copierles antiques, mais la jeunesse répugne à dessiner;
      Il exprime cependant le regret que seuls figurent dans la galerie de l'école des moulages de l'art grec et romain. Pourquoi pas un chef-d'oeuvre de l'Egypte et de notre XIIIè siècle français ? Quelle faute d'exclure de l'enseignement le style de ces grandes époques !
 

 
Les statues du début de sa carrière dénoncent assez les sources auxquelles il puisa: La Femme se coiffant du Palais de Chaillot, le Nu couché du Musée de la ville de Paris, celui du Musée de l'Art moderne. Ces figures sont de la pure tradition. Il y a une belle stabilitédans le Saint Thomas d'Aquin. Mais déjà l'artiste se persuade que le portrait est le sommet où puisse s'élever l'inspiration.
      - L' art ne commence qu'avec le mystère.
      Gimond développe sa pensée avec complaisance. Il ira jusqu'à soutenir que la forme doit être l'expression de la vie interieure. Le corps n'est que plans et rythmes. Il ne livre rien. C'est le portrait seul qui peut découvrir les mouvements de l'âme.
      "Aller toujours le plus loin possible, essayer de fixer ce qu'il y a d'eternel dans chaque visage", telle sera désormais la noble ambition de l'artiste, en se consacrant presque uniquement à l' exécution de bustes. Je comprends maintenant la présence de toutes ces figures réunies autour de luiet qui lui abandonnent à demi leurs secrets, le soutiennent dans sa voie difficile.
   - Je voudrais creer des idoles? Ce serait atteindre à l'idéal, s'élever à ce qu'il y a de divin dans l'art.
 
 
 
Cet espoir de dépasser le visible est-il possible ? Je me tourne vers ses propres oeuvres. Ces figures se sont débarrassées de tout superflu Pas de détails susceptibles de distraire de l'essentiel. Cet art vise à observer en profondeur. On pourra regretter, quand il s'agit de la femme, ce dépouillement de la forme. Seule importe à l'artiste une structure harmonieuse avec le mystère de chaque visage.
 
Il ne cesse pas de méditer sur son art et inscrit volontiers ses observations. Rien ne saurait mieux fixer ses pensées que ces notes retenues par moi au passage:
      " L' expression est uniquement d'ordre plastique et ne vient pas de la mimique du visage. C'est un jeu de débutant defaire ce que la foule appele un visage expressif.Le difficile est d'atteindre la majesté et le mystère, que la nature dissimule si bien.
     " Pour les esprits vulgaires, la laideur, le désiquilibre, la démesure constituent le caractère. La noblesse et l'harmonie sont les seuls aspects que doive retenir un artiste.
       " La perfection n'est pas seulementce qui satisfait l'oeil et la raison, mais ce qui laisse toujours quelque chose à découvrir."
 
    Et cette remarque, d'une si juste vérité: "Un buste doit toujours paraître plus grand qu'il n'est en réalité et doit toujours supporter l'agrandissement."
 
Autant de pensées denses et fécondes bonnes à retenir.
 
 
 

 

Marcel GIMOND 1894-1961

Place du Trocadéro
Parvis des Droits de l'Homme 
"Flore" 1937

 www.marcelgimond.fr