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Robert WLERICK

 
 
Robert WLERICK
 d'après l'Ouvrage
 
"SCULPTEURS DE CE TEMPS".
de Jacques BASCHET
 

 Wlérick n'est plus, mais son œuvre tient une place prépondérante dans la statuaire moderne. Je rencontrais souvent l'artiste chez un ami commun, disparu à son tour. Sa stature était large, solide, et le contraste était frappant entre cette apparence de force et la clarté du regard ou se lisait du rêve. Qui le connaissait savait les secrets de cette âme chaude, vibrante, facilement passionnée.
Alors que tant d'autres ne se fient qu'à leur instinct, Wlérick n'avait jamais cessé de se cultiver. Il sortait peu, lisait beaucoup, surtout des vers et il aimait à parler de ses poètes familiers avec ceux qui partageaient ses émotions. On dira que nous sommes loin de ses œuvres. C'est une erreur. Il m'a toujours paru impossible de séparer l'homme du créateur. L'un explique l'autre, et cela a rarement été plus vrai que pour notre sculpteur. C'était un sensible, révolté contre la laideur et la méchanceté, ce qui lui apparaissait de même essence. Cette répulsion avait comme Cette répulsion avait comme contre-partie le culte de la beauté. Son amour pour l'art débordait de sa vie intérieure.
 
 

Sa femme et sa fille Jacqueline, laquelle hérite de lui de ses riches dons d'artiste me parlent de lui avec dévotion et les souvenirs de sa fin comme si elle leur était toujours présente. Depuis deux ans Wlérick s'affaiblissait. La flamme qui brûlait en lui le consumait. On lui avait en vain défendu de travailler. Comment aurait-il pu abandonner ses projets ? Six jours avant sa mort, alors qu'il s'éteignait, ses mains, dans le délire, modelaient encore une glaise imaginaire.


Il était né à Mont-de-Marsan le 15 avril 1882.Son père, un antiquaire, éclairé par la fréquentation des belles choses, s'intéressa aux premiers travaux de son fils et l'envoya, à dix sept ans, à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse. Après deux années d'études, le jeune artiste vint à Paris, où il dessina avec frénésie d'après les antiques, dans les galeries de l'Ecole des Beaux-Arts.
Dès 1906 il exposait au Salon de la Société National un Jeune Adolescent qui fut remarqué. Mais son premier grand succès fut cette tête de Landaise qu'il avait longtemps méditée, figure fine où le style s'allie à la sensibilité. Elle frappa Rodin qui tint à faire la connaissance du débutant et lui donna de chaleureux encouragements. Nous retrouverons ce même sentiment délicat, cette pénétration de l'esprit en même temps que ce fervent amour de la beauté dans le buste de Mme Corbin ? traité comme un hommage à quelque divinité.

Avant tout, Wlérick était constructeur. Procédant par plans, il confère à son œuvre la solidité d'une architecture ; alors que chez d'autres cette stabilité exclut les délicatesses de la forme, il y a toujours chez lui un sensitif qui s'émeut. La recherche des volumes n'écarte pas les fraîcheurs des modelés. La Rolande, la Pomone n'expriment-elles pas l'harmonie parfaite de la jeunesse, d'une jeunesse saine, robuste, fière, telle qu'il l'aimait ? La vie y circule avec ses frémissement.
 

 
Si j'ai commencé par parler de l'homme, de son âme ardente, de ses habitudes de pensée concentrée, avec la touche de sa main puissante, ses impressions de nerveux, la distinction de son esprit élevé ? C'est de tout cela que sont faits ses monuments, celui de Condorcet, pour la ville de Ribemont, et qui, malheureusement, ne fut jamais fondu, ceux de Malherbe, de Victor Bérard à Morez-du-Jura, la Fontaine de Castelnaudary et surtout cette suite de figures, de la même veine que la Rolande et la Pomone : Jeunesse, Thérèse, Gaby, Jeune fille se coiffant, Jacqueline. Un Athlète, beau de volume, de cadence, représente Wlérick au Petit Palais.
 
Et voici la grande œuvre, celle qui devait couronner sa carrière et à laquelle il travaillait quand la mort le surprit, la statue équestre du maréchal Foch. Que de joie il avait mise à la concevoir ! IL l'avait obtenue au concours en 1937 avec Raymond Martin, cet élève qu'il chérissait entre tous. Les dessins, les maquettes se succédaient. L'œuvre grandissait, prenait son ampleur, s'égalait à la mesure de la fière figure. Jamais il ne mit plus de passion dans son travail, rêvant que son art fût digne de la glorification du grand soldat.
 
Le monument devait prendre place sur la terrasse de Chaillot, entre les deux ailes du Palais. La question de l'échelle l'avait tourmenté. Quelle dimensions donner à la statue ? Elle risquait de se perdre dans l'espace ou être écrasé par le cadre. Wlérick n'hésita pas à faire exécuter en bois une maquette grandeur d'exécuter en bois une maquette grandeur d'exécution. Elle fut mise en place. J'étais du nombre de ceux qui assistèrent à l'opération. Le volume de l'oeuvre fut approuvé. Et Foch, pensait-on, allait enfin prendre possession de Paris. Mais survinrent la guerre, puis l'occupation allemande. Clandestinement, l'hommage au vainqueur de 1918 continua de prendre forme. Pour échapper avec plus de sûreté à l'attention ennemie, la figure de Foch émigra à Cachan, dans l'atelier de Martin, où elle pris ses dimensions monumentales. Cependant, faute de charbon la statue de terre, sous l'action de la gelée, s'effondra. Tout était à refaire. Il fallut revenir à Paris et reprendre la maquette réduite. Un autre désastre allait suivre : Wlérick mourait le 7 mars 1944.

Son collaborateur Raymond Martin repris l'œuvre avec la même passion que son maître. Actuellement il procède à son achèvement. Quand nous parlerons du jeune sculpteur, nous verrons que le projet d'emplacement du monument est remis en question. Vingt-huit années ont passe depuis sa victoire et le maréchal Foch n'est pas encore près d'avoir sa statue.

J'ai parlé des sculptures de Wlérick. Ce serait imparfaitement connaître l'artiste que de négliger ses dessins. On retrouve en eux la même intensité de vie. C'est ainsi qu'il se délassait, en fixant sur le papier le rythme qui équilibrait ses dons de créateur, sa force constructive et sa sensibilité. C'est toujours rapide et définitif. Comme quelqu'un s'étonnait de cette maîtrise du crayon et s'informait du temps que demandait une telle exécution, l'inlassable laborieux répondit :
- Peut-être dix minutes. Mais voilà quarante ans que je travaille… 

  
 
"La jeunesse"
 1929
Cachet de Fondeur C. Valsuani
 
Vente Me Binoche et Giquello 9 Octobre 2015