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Un artice d'E.BREON

Un article d'Emmmanuel BREON

 
 J'ai l'impression qu'il y a dans les années 30 une opposition impossible à résoudre entre la machine, les structures fortes comme l'état, les puissances militaires aussi et toujours l'humain que l'on essaye de mettre en avant de défendre.

 On a l'impression que l'art essaie de faire la jointure entre les deux domaines : il essaie comme vous le dites de se montrer dans la rue aux ouvriers, il se veut total, très présent. Les artistes qui s'engagent cherchent à faire cette liaison entre des choses qui se développent de plus en plus, des grands bâtiments des usines, des machines et en même temps, un art qui chercherait à rendre l'environnement plus convivial plus agréable....

Je pense qu'il y a de tout cela, il y a eut les grands chantiers de reconstruction. Politiquement il fallait soutenir le travail, comme pour le paquebot "Le Normandie", fait en 1935 c'était une folie finalement de faire cela à cette époque. Mais il a permis à la fois de faire travailler beaucoup de monde sur les chantiers de Saint Nazaire, de faire travailler beaucoup d'artistes, peintres, sculpteurs, décorateurs, c'est un ambassadeur de France aux Etats Unis...

Cette volonté de l'art d'intervenir, d'adoucir le contexte ne permet-il pas d'expliquer la place de la représentation de l'homme, du figuratif, le lien au nu, aux personnages…

Oui l'homme était au centre de tout à ce moment là...

 Parce qu'avec l'avènement de la machine ce n'est pas forcément sa place d'être au centre de tout

Oui c'est un art social, donc l'homme est nécessairement au centre. Dans les années 30, en architecture, dans ces villes par exemple comme Boulogne il y a des découvertes médicales, la tuberculose qu'il faut éradiquer, il y a des affiches partout présentes pour prévenir.
Il y a André Morizet qui fait construire le centre d'Hygiène social, le préventorium pour que les petits gamins de Boulogne puissent respirer, on les voit s'entraîner sur le toit des écoles. C'est le culte du corps aussi. Il dit d'ailleurs aux architectes : "donnez-nous de l'air, de la lumière" ; c'est pour cela que l'on a eu les lycées Claude Bernard ou le lycée La Fontaine ou n'importe quel lycée de Paris ou de Banlieue, comme celui de Maison Alfort : la santé, le corps est au centre des préoccupations


Pourtant au vu de certaines idéologies totalitaires, on aurait pu imaginer à l'inverse que la figuration ne servirait pas, parce que l'homme dans les cérémonies nazies n'est qu'un parmi des milliers

C'est vrai, il s'agit de l'homme dans la société, c'est rarement l'homme seul, ce sont des foules..

 Et ce qui est curieux, on le voit dans votre musée, en sculpture c'est Le Nu, c'est peut-être parce que c'est l'Idée de la figure, pas vraiment l'individu pour lui-même. Au rez-de-chaussée on voit beaucoup de portraits sculptés, Belmondo par exemple, c'est difficile de comprendre que cette société est de plus en plus globalisante et qu'en même temps elle s'axe de plus en plus sur l'homme, l'humain, l'individuel.

Oui après l'homme disparaît dans la seconde guerre mondiale, avant j'ai l'impression que l'on croit encore en l'homme, et pourtant, après un grand-père à la guerre de 70, un père à la guerre de 14, il y a au sortir de cette guerre une envie d'espérance, d'oublier. Et pourtant les gens ont vu très tôt que ça allait repartir... Dans le désastre...

C'est une fuite en avant…

Oui les années 20, années folles tout comme après la Terreur, les merveilleux les merveilleuses ; les années 30 c'est bâtir, montrer, essayer de remettre l'humain au milieu de tout cela, tout en sachant..

Michel Leiris dans "l'Afrique fantôme" parle déjà en 33 des fascismes qui montent à Rome, il y a une peur, on aurait pu ne plus croire en l'homme mais on y croit encore, on découvre un autre monde l'Afrique, ça n'a pas 70 ans c'est étonnant. Dakar, Djibouti c'est 31, on envoie des missions pour parcourir l'Afrique de part en part, il y a aussi la croisière noire et la croisière jaune, on découvre un autre monde, on ramène des objets pour faire le musée de l'homme.

Tout cela est tout récent en fait.

Emmanuel BREON.