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Un ouvrage de référence

 

"SCULPTEURS DE CE TEMPS"

Jacques BASCHET

 Avant - Propos 

Un des artistes auxquels nous consacrons cet ouvrage me disait :

"J’ai commencé par faire de la peinture. Mais j’ai trouvé cela trop facile et je me suis dirigé vers l’étude de la sculpture".

Trop facile, l’art des Titien, Vélasquez, Rembrandt, Poussin, Delacroix ? Nul,  à notre époque, ne prétend se mesurer à de tels géants. Dans l’esprit de notre artiste il ne pouvait s’agir que de prendre rang parmi les adeptes de cette école moderne où sévissent les duperies de l’abstraction et la mystique de l’ébauche. C’est, en effet, aisé, hâtif, dénué de savoir, de raison, de pensée. Or, tandis que ces soi-disant novateurs se complaisent dans leur anarchie, nous assistons à l’essor de notre école de sculpture. Nous nous sommes assez souvent, et avec sévérité, élevés contre les pratiques actuelles de la peinture pour déclarer notre joie devant l’épanouissement d’un art qui affirme sa santé, sa cohésion, sa vitalité. Eloigné de tout désordre, il a repuisé une sève jeune, créatrice dans les séculaires principes qui ont fait la gloire du génie français. Point n’est besoin de théories neuves, de dogmes savants. Les sources sont toujours là, intarissables, fécondes : la Grèce, la Renaissance italienne, notre moyen âge, le décor de Versailles, toute cette grande tradition renouvelée sans cesse par l’observation de la vie.

  Ah ! comme on comprend la réaction de notre artiste, abandonnant les pinceaux pour la spatule et le ciseau ! Comme il s’est vite lassé de l’œuvre sans effort ! Le voici aujourd’hui devant sa masse d’argile où son bloc de pierre, de marbre. Que de problème à résoudre, d’épreuves à vaincre avant d’attaquer l’œuvre : Il ne s’agit plus d’improviser, de se lancer dans le paradoxe, de chercher l’inattendu, mais de façonner des formes. Quelques tentatives furent faites sans doute. Ce fut un jeu sans lendemain. La pensée s’ennoblit à créer pour la durée.

  Longuement les sculpteurs ont appris leur métier et aucun n’a peut de ce terme, que méprisent tant les peintre. Pas à pas, ils ont gagné leur maîtrise. Tous se sont donné des maîtres et nombre d’entre eux se sont astreints à être les praticiens de leurs aînés. Salutaire retour aux disciplines du passé. Le dessin, si avili par ailleurs, reste à la base de leur œuvre. Même à l’époque de leur maturité, en plein succès, ils en useront pour chercher les lignes, les formes, établir les plans, les volumes. Les dessins reproduits dans cet ouvrage témoignent de leurs méthodes pour fixer la beauté des rythmes. Tous les artistes interrogés par nous ont vanté le travail, et il suffit de traverser leur atelier pour comprendre que chaque heure de peine, de tension, d’angoisse peut-être les a enrichis.

  Ce n’est pas que la sculpture moderne ait trouvé son salut sans passer par des crises graves. On sait dans quel état d’appauvrissement était la statuaire française à la fin du siècle dernier. L’académisme s’anémiait dans les redites, en dehors de la vie. Plus d’élans, plus de chaleur. Des habiletés, des mièvreries, sans retrouver les séductions du XVIIIème siècle. La réaction était inévitable. Nous vîmes les formes s’épaissir, s’alourdir, s’immobiliser dans une stabilité de mort. Mais un homme avait paru dont la fougueuse passion bousculait cette inertie. Toute une génération s’attachait à ce maître dynamique qu’était Rodin. Tous ne passèrent pas par l’atelier de Meudon, mais il en est peu qui ne subirent pas son ascendant. L’âme était rendue à la statuaire.

Cet ouvrage présente les œuvres de *seize sculpteurs, choisis sans esprit de chapelle. Quelques autres eussent pu sans doute prendre place dans ces pages. Cette sélection, qui n’est pas limitative, suffit à démontrer la richesse d’une équipe qui fait honneur à notre art. Il faut remonter loin pour trouver un tel équilibre entre la grande tradition et les frémissements de la vie.

                                                             Octobre 1946.

                                                            

*MAILLOL  Aristide (1861-1944) – DEJEAN  Louis (1872-1953) – NICLAUSSE  Paul (1879-1958) – DESPIAU Charles (1874-1946) – JANNIOT Alfred (1889-1969) – POISSON  Pierre-Marie (1876-1953) – BELMONDO Paul (1893-1982)– DRIVIER Léon (1878-1951) – OSOUF Jean (1898-1996) – LANDOWSKI Paul (1875-1961) – YENCESSE Hubert (1900-1967) – WLERICK  Robert (1882-1944) – MARTIN Raymond (1910-1982 )– TRAVERSE Paul (1892-1979) – CORNET Paul (1892-1977) – GIMOND Marcel (1894-1961)

 

 "SCULPTEURS DE CE TEMPS"

Nouvelles Editions Françaises.

3 Rue Saint-Georges Paris (IX)

1946

 Cette petite page se veut un modeste hommage à ce "maniérisme néo-classique dans son souci de calme simplification".

 Le Néo-Classicisme.

 "Le thème du Nu féminin s'inscrit dans un désir général d'un retour à la simplicité".

En réaction contre la figure allégorique, gesticulante et dictatique du XIX ème siècle, la figure feminine à desormais la sérénité et la plénitude des formes de Venus intemporelles".

"Le corps retouve également sa pleine expression dans l'evocation d'une nature heureuse et féconde"

"Le Neo-Classicisme, cher aux années 30, se retrouve donc dans cette évocation d'une éternité bienheureuse.

Certains artistes témoignent cependant pour leur part, de l'attente inquiète de l'époque"

Le Musée des Années 30.

Emmanuel Breon et Michèle Lefrançois.

-Somogy-Editions d'Art-