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La Sculpture de l'Entre-Deux Guerres

 

Henry PARAYRE

Toulouse 1883 – Conques-en-Rouergue 1970


Par Laurent FAU

(Petit-Fils de L'Artiste)


 

 

Après la première guerre mondiale, le sculpteur toulousain Henry Parayre découvre Conques et tombe sous le charme de ce village médiéval, haut-lieu de la sculpture romane. Il y séjourne en famille durant ses congés avant de s'y installer définitivement pour sa retraite en 1942. Elu maire en 1945, il se consacre à la commune de Conques jusqu'en 1953, tout en poursuivant son activité artistique. Il réalise alors le monument des victimes de la Résistance aveyronnaise à Sainte-Radegonde et le musée Denys-Puech de Rodez s'enrichit de plusieurs de ses œuvres (1).

L'ENFANCE ET LES ANNÉES DE FORMATION

Henri, Ernest, Anaclet Parayre est né le 9 juillet 1879 à Toulouse. Il est issu d'un milieu très modeste, d'un père inconnu et d'une mère, femme de chambre dans un château de la région toulousaine, qui meurt de la tuberculose alors qu'il n'a pas trois ans. Ce sont les grands-parents qui recueillent l'enfant de leur fille unique. Son grand-père, Hugues Parayre, menuisier en siège, est installé allées des Zéphyrs à Toulouse. L'enfance d'Henri se passe dans l'atelier familial où il s'amuse, comme tout enfant de son âge, à assembler et à sculpter les chutes de bois. Il fait partie des premières générations bénéficiant des lois scolaires de Jules Ferry et obtient ainsi, à l'âge de treize ans, le certificat d'études primaires, classé premier du canton sud de Toulouse ex-aequo avec son camarade Ducuing (futur professeur à la faculté de Médecine). En grandissant, de plus en plus habile de ses mains, il aide son grand-père et devient apprenti dans l'entreprise familiale. Devant la facilité avec laquelle leur petit-fils apprend le métier et, surtout, devant son caractère créatif et curieux, les grands-parents l'inscrivent en 1892 aux cours du soir de l'Ecole des Beaux Arts de Toulouse (2).

Nous voyons que, dans la première décennie de sa vie, l'artiste évolue dans un milieu peu fortuné mais le mettant d'emblée au contact de la taille du bois. Il faut, à cet égard, souligner l'importance de ce type d'éducation puisque de nombreux sculpteurs comme Abbal, Bernard, Bourdelle ou Wlérick ont grandi dans l'atelier familial d'ébénisterie ou de taille de pierre. Cette génération a souvent béné-ficié d'un long apprentissage et d'une connaissance parfaite des métiers paternels avant de se risquer à la création. Cet amour du travail, cette connaissance de la technique et ce regard d'artisan suivront Parayre toute sa vie, au point que la critique le lui reprochera parfois.
Autre fait important, Parayre fait partie de ces nombreux artistes originaires du Sud-Ouest de la France. Une longue tradition de sculpture est présente dans cette région et le prestigieux héritage artistique qu'ont pu constituer des Lucas, des Falguière et Denys Puech a influencé les jeunes artistes nés à la fin du siècle dernier. Qu'elle soit positive ou négative, la réaction des nouvelles générations face à ce passé chargé de références a pu être bénéfique pour la sculpture toulousaine. Cette identité régionale sera d/ailleurs un des aspects primordiaux de la vie artistique de Parayre et de celle de ses collègues.

A partir de 1892, Henry Parayre étudie à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse et ce jusqu'à l'âge de vingt ans. Il devient un excellent élève qui collectionne les prix (3). Il y rencontre Poisson et Abbal, ses aînés d'une génération.

C’est dans cette école qu'il va s'enrichir de précieux conseils et surtout de cours remarquables, notamment ceux dispensés par Jean Rivière (1853-1922). Celui-ci, en enseignant la sculpture décorative, eut une énorme influence sur Parayre ainsi que sur de nombreuses générations d'élèves. Il encourage en particulier les arts décoratifs ainsi que la pluridisciplinarité des arts, chaque élève devant être capable de pratiquer autant le dessin et la sculpture que la poterie et l'ébénisterie. Ce type d'enseignement aura des conséquences évidentes dans la vie artistique de Parayre.

Plus tard, ce dernier continue à fréquenter autant les artistes décorateurs tels que Alet, Arbus ou Saint-Saëns que les peintres sculpteurs tels que Marcel-Lenoir, Desnoyer, Vivent ou Guénot.

[JPG] Parayre_sinature_cachet

L’EXPERIENCE PARISIENNE.

La mort de son grand-père au mois de mars 1900, six ans après celle de sa grand-mère, le laisse sans attache familiale, lorsqu'il termine ses brillantes études à l’Ecole des Beaux-Arts.

Il décide alors de poursuivre sa formation Paris, étape quasiment obligatoire pour tout jeune artiste voulant réussir dans sa discipline. Ses très bons résultats à l'école toulousaine lui permettent de rentrer dans l'atelier de Paul Dubois, membre de l'Institut et directeur de l'Ecole nationale des Beaux-Arts. Cet artiste fait partie avec les sculpteurs Chapu ou Falguière du groupe des Florentins, ainsi dénommés car ils s'inspirent des Toscans du Quattrocento, de Donatello en particulier, beaucoup plus que de l'Antiquité gréco-romaine. Paul Dubois atteint la célébrité grâce, en particulier, à ses bustes tels ceux de Louis Pasteur ou du peintre Bonnat.

Parayre suivra ses cours assidûment et apprendra beaucoup auprès de lui, en particulier dans la technique et le goût du portrait Qu'il conservera tout au long de sa carrière. Sa Tète florentine exposée en 1922 rend hommage à l'enseignement de Dubois et à son style élégant inspiré par la Renaissance italienne.

Une fois dans la capitale, il lui faut gagner sa vie. Il travaille quelque temps pour le compte de fabricants de meubles (4) et il réus-sit à se faire embaucher pour participer à la décoration sculptée du Grand Palais des Beaux-Arts dont la construction s'achevait (5). Dans le cadre de l'Exposition universelle de 1900, ce vaste bâtiment s'ap-prêtait à abriter deux expositions: la Centennale, une rétrospective réunissant les principaux artistes français du XIX. siècle, de 1800 à 1889, et la Décennale consacrée plus spécialement à la création artistique de ces dix années.

Dans sa section sculpture, la Décennale ne réunit pas moins de 640 œuvres, réparties entre 336 artistes. Bien peu d'entre eux, à vrai dire, devaient léguer leur nom à la postérité. Mais pour le sculpteur débutant Parayre, l'exposition était une occasion unique, celle d'avoir sous les yeux un panorama à peu près complet de la sculpture française "fin de siècle", avec ses tendances et sa diversité.

Dans les salles du Grand Palais, il retrouva d'abord son maître Paul Dubois, le chef de file des Florentins. Mais alors les préférences du public allaient plutôt vers les néo-baroques. Certes, les torsions du corps féminin ou l'envol des draperies propres au prix de Rome Denys Puech, à Louis-Ernest Barrias ou à de Saint-Marceaux n'influencèrent guère le jeune Parayre, pas plus d'ailleurs que l'emphase patriotique ou historique d'un Antonin Mercié, du groupe des Toulousains. En revanche, en sculptant par la suite des statuettes comme Femme de pêcheur, il gardait sans doute en mémoire les œuvres d'Alexandre Charpentier ou de Dalou, les tenants du réalisme social introduit par le Belge Constantin Meunier, désireux de suivre en sculpture le naturalisme d'un Courbet.

Mais le jeune provincial s'adapte mal à la capitale et ne fréquente guère les cercles artistiques et intellectuels. Ses visites privilégiées sont les musées parisiens et en particulier le Louvre. Le mal du pays le pousse dès 1904 à retourner vers sa région d'origine.

LE RETOUR AU PAYS
ET L'ENGAGEMENT DANS LA VIE ARTISTIQUE

En 1905, il part à Béziers où il vient d'épouser Jeanne Duprat dont, il aura son unique enfant - Elisabeth - la même année. Il travaille alors chez son beau-père, entrepreneur en monuments funéraires pour lequel il sculpte bustes et bas-reliefs destinés à prendre place sur les caveaux. Le cimetière vieux de la ville conserve encore plu. sieurs de ses œuvres.

La même année, il devient professeur de dessin et de modelage à l’école de commerce de Béziers. 161. Parayre va alors se découvrir ne véritable passion pour l'enseignement et le désir de transmettre son savoir l'accompagnera désormais toute sa vie.

Il retourne à Toulouse en 19007, définitivement cette fois jusqu’à l’année de sa retraite, en 1942. Son ancien professeur Rivière lui propose un poste de contremaître à l'atelier des Arts du bois de l'Ecole des Beaux-Arts. Celui-ci fonctionne dès lors comme une école d'apprentissage et, à la mort de Rivière en 1922, Parayre lui succède à la direction de l'atelier.

Pour Parayre, la régénération des arts décoratifs passe d'abord par celle de l'apprentissage. Cette nouvelle fonction ainsi que son expérience personnelle lui permettant d’en parler avec compétence. Il se lance alors dans une série d'initiatives liées à des projets industriels concernant les arts décoratifs. En 1910, il publie une plaquette intitulée La crise de l’apprentissage fort bien documentée (7). Elle vient s'inscrire dans la préparation du Congrès annuel de l'Union provinciale des Arts décoratifs qui, après Munich et Nancy, est organisée cette année-là à Toulouse par la Société des Artistes Méridionaux (8). Parayre y préconise une série de mesures pour améliorer la formation des jeunes apprentis et permettre ainsi d'arrêter « le mouvement décadent de nos industries d'art ».

Ses publications, accompagnées parfois de conférences, sont très appréciées. Elles le font désigner en 1917 par le préfet de la Haute-Garonne comme rapporteur général du comité des Arts appliqués de la région de Toulouse, chargé de répondre à l'enquête nationale lancée par le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. En pleine guerre, il s'agit de définir pour l'avenir les moyens destinés à "combattre efficacement la concurrence des produits ennemis (c'est-à-dire allemands et autrichiens) à caractère artistique" (9).

Il concrétise cette démarche, dès 1914, en travaillant avec les faïenceries de Martres-Tolosane, où on lui demande de créer de nouveaux modèles mieux adaptés aux goûts du jour, ceci afin de relancer une industrie en perte de vitesse (10). L'engouement escompté n'est malheureusement pas au rendez-vous et cette activité ne dure que quelques années.

Parayre n'est pas pour autant découragé puisqu'en 1918 il prend la responsabilité d'une usine de meubles située à Lalande près de Toulouse, travaillant pour le compte des Galeries Lafayette de Paris.

Cette démarche est intimement liée à la formation qu'il dispense à l'école. L'entreprise va malheureusement fermer très vite, la production n'étant pas assez rentable.

A trente ans, alors que nombre de ses condisciples sont très impliqués dans leur démarche créative, Henry Parayre ne semble guère préoccupé par son avenir artistique. En effet, ses travaux des dix années précédentes ainsi que ses initiatives professionnelles nous font découvrir un jeune homme professeur d'art décoratif, doublé d'un créateur dans le domaine industriel, mais avec un succès modéré.

En fait, il cherche réellement sa voie à partir des années 1910 et nombreuses seront alors les pistes empruntées. Il adopte des styles d'une diversité surprenante puisqu'il va créer tour à tour ces silhouettes d'un pur style 1900, puis des bustes et des nus, classiques ou hellénistiques en marbre de Paros et, en 1908, La Pensée influencée par Rodin. Le style populaire lui permet de représenter de modestes pêcheurs ou paysans. Il devient aussi sculpteur animalier avant de se tourner vers des nus féminins plus sensuels. Il réalisera des portraits et des nus faisant référence aux arts médiéval, africain, asiatique et enfin florentin. Il s'initie quasiment à tous les styles de sculpture, ce qui correspond chez lui à une soif de découverte alimentée non pas par les voyages, mais par une recherche savante nourrie de nombreuses lectures annotées, de visites de musées et d'études artistiques sur les autres civilisations.

Curieusement, il ne participe pas à la grande "production" d'après-guerre que constituent les monuments aux morts. Il fait seulement une étude pour celui du village de Gignac, dans le département de l'Hérault, qui ne sera pas réalisée. Le fait qu'il n'ait pas été mobilisé, lors de la guerre 1914-1918, peut expliquer en partie son absence de ces chantiers, si nombreux à travers le pays (11).

[JPG] Parayre_jeune_fille_au_bouquet

"Jeune fille au bouquet"

Epreuve en bronze à patine brune,signée et datée 1923

H: 39 cm / Base: 12 x 12 cm

Fondeur: R. Carvillani - Cire Perdue -

1922-1923 : DEUX ANNÉES DÉCISIVES POUR L'ARTISTE

Au moment d'évoquer ces années qui marquent un tournant dans la carrière de l'artiste, il convient de s'arrêter quelque peu sur le caractère et la personnalité de l'homme. Henry Parayre est de faible constitution, ce qui lui a valu d'être réformé et d'échapper au massacre de la première guerre mondiale. Lunettes et béret font partie intégrante du personnage, myope et chauve à la suite d'une fièvre typhoïde.

  Sa peur inconsidérée de la maladie a souvent amené à son chevet les plus grands professeurs de médecine toulousains, ses amis, pour un simple rhume de cerveau... Son caractère anxieux l'a empê-ché d'entreprendre des grands voyages, il a partagé ses vacances entre la mer à Valras-Plage et son cher village de Conques. Ce n'est pas pour autant que Parayre, d'un esprit très ouvert, ne s'est pas intéressé aux choses de son temps. Ainsi, ce passionné de belles voitures achète toujours le dernier modèle. Sa riche bibliothèque voit coexister les livres d'art et les romans policiers! A la fin de sa vie, la collection Zodiaque sur l'art roman a tenu une grande place dans ses lectures.

  Sa convivialité et sa générosité lui vaudront de très nombreux amis dans tous les milieux: des artistes, des universitaires tels que l'historien d'art Raymond Rey, des médecins et beaucoup d'artisans avec lesquels il aimait parler métiers. De son milieu familial très humble, il gardera toujours une grande simplicité et beaucoup de modestie.

  Revenons à cette année 1922, à bien des égards décisive pour Parayre. Il est nommé professeur de dessin à l'école primaire supé-rieure Berthelot à Toulouse, puis en 1923 professeur de sculpture dans la classe d'Art industriel de l'Ecole des Beaux-Arts, ce qui entraîne sa démission de l'Atelier du bois. Enfin sa vocation pour l'enseignement le conduit à l'Ecole Normale d'instituteurs en 1931 en qualité de professeur auxiliaire de dessin.

  Sur le plan artistique, Parayre trouvera finalement sa voie après huit années d'études (1892-1899), huit années de travail (1899-1907) et quinze années de recherche (1907-1922), soit une initiation de plus de trente ans à la sculpture durant laquelle il travaillera sans relâche, c'est dire la solidité et le sérieux des bases de son art. Curieusement, alors qu'il sculptait jusque-là de façon solitaire, c'est sans doute grâce à une rencontre avec un autre artiste qu'il va s'épanouir. Cette rencontre est celle d'un homme qui semble son opposé dans la vie: le peintre Marcel-Lenoir.

  En effet, ce dernier, fantasque et très original, est vêtu comme un marginal. Il vit avec une balle de revolver, tirée par son ancienne maîtresse, logée à quelques centimètres du cœur (12). Le peintre est attiré par la sculpture et a pour ami Joseph Bernard qui semble avoir influencé indirectement Parayre avec son œuvre Jeunesse (fig. 2). La rencontre entre les deux hommes est déterminante et le style de Parayre en est profondément marqué: les attaches des bras vont s'épaissir, le cou aussi, l'attitude sera plus statique. Après son hommage à Paul Dubois avec Tête florentine, Parayre rend un second hommage en exécutant le buste de Marcel-Lenoir (fig. 7).

  En 1922, une exposition commune aux deux artistes est organisée à Toulouse, à la Tour de Tournoër, rue Ozenne. Marcel-Lenoir y présente entre autres ses "cartons-études" pour le couronnement de la Vierge alors qu'il refusait habituellement d'exposer. Parmi les sculptures de Parayre figure pour la première fois L'offrande (fig. 1), une des œuvres les plus connues de l'artiste.

  Cette période correspond à l'épanouissement et au début de la "grande" sculpture de Parayre. Son art se stabilise, même s'il n'est pas encore abouti. L'artiste a la possibilité d'exposer à Paris à la Galerie Billiet grâce à Pol Neveux, membre de l'Académie Goncourt, par l'intermédiaire de son ami compositeur Marc Lafargue (13). Il doit néanmoins acquérir, à partir du 1er juillet 1926,20 parts d'intérêts au prix de la 10 000 francs dans la société constituée par MM. Billiet et Worms. Moyennant ce concours financier, le sculpteur peut exposer et mettre en vente ses œuvres dans la galerie avec une commission de 30 %. Les statues en pierre ou bronze sont vendues en moyenne 5000 francs, 8 000 francs pour les bronzes les plus importants. Il est à noter que, lorsque l'Etat achète une œuvre, la correspondance administrative mentionne souvent que le prix demandé par l'artiste équivaut à peine à celui de la fonte du bronze. Parayre ne semble pas être mercantile et il préfère vendre à l'Etat, même à un prix insuffisant, en considérant l'intérêt de rentrer dans des collections publiques (14).

  L'amitié entre Parayre et Lafargue est importante pour l'art du sculpteur car le compositeur côtoie Aristide Maillol. Ces relations influenceront Parayre qui décrit son émerveillement et la révélation que fut pour lui "La Méditerranée" vue pour la première fois à Perpignan: "... je compris pourquoi les grandes œuvres visent à l'indifférence et, par delà les embûches du pittoresque, atteignent au permanent", C'est à partir de cette base que Parayre va construire son art et plusieurs de ses œuvres feront par la suite référence à Maillol.

  Il est intéressant de noter que les influences que l'on peut deviner dans certaines statues de Parayre se sont faites souvent de façon indirecte. Ce n'est pas l'artiste qui découvre seul sa référence, mais davantage un Marcel-Lenoir qui lui fait connaître Bernard, ou un Marc Lafargue qui lui parle de Maillol, références qui se retrouvent dans les deux pièces majeures de sa première production, L'offrande et Jeunesse (fig. 1 et fig. 2).

  Son activité devient très importante: qu'il s'agisse du nombre d'œuvres exposées ces années-là (jusqu'à dix-sept œuvres pour l'année 1923 (15) ou des cours qu'il dispense, la somme de travail est énorme. Il est vite repéré par la critique qui, dès ses premières œuvres, est unanime en faveur de l'artiste. Ce dernier n'envisage pas pour autant de "monter" à Paris; au contraire, il prône avec plusieurs de ses amis la promotion d'un art languedocien (16),

  Toutefois, il est bien présent dans la capitale grâce à ses nombreux envois à la galerie Billiet où il y rencontre un vif succès, mais aussi au Salon des Indépendants (de 1922 à 1926) et plus tard au Salon d'Automne (de 1925 à 1940, dont il devient membre en 1927).

  Son sujet essentiel est le nu féminin, les nus masculins restant très rares. Son deuxième sujet favori est le portrait, par goût bien sûr, mais aussi pour des raisons matérielles puisque le portrait fait partie des commandes rémunérées les plus fréquentes. Il réalise les portraits de ses commanditaires, mais aussi de ses amis et de sa famille.

[GIF] Parayre_nageur

      "Nageur nu assis"

Epreuve en bronze dépoque, à patine brune signée et datée 1929          

H: 64,5 cm / Base: 24,5 x 17 cm.

Fondeur: Valsuani - Cire perdue - 

LE CHEF DE FILE DE LA SCULPTURE TOULOUSAINE

  A Toulouse, il s'impose vite comme le chef de file de la sculpture et forme des élèves qui deviendront ses assistants dans les années trente, tels Monin ou Düler. Il sculpte les bois précieux: l'acajou, le bois de rose ou l'ébène. Il réserve le bronze essentiellement aux commandes, en particulier à celles de l'Etat qui l'exigent. La pierre est elle aussi employée, celle de Lens, le grès de Furnes, le marbre ou, ce qu'il apprécie plus que tout, le réemploi d'une pierre d'un monument historique. Ainsi, il sculpte avec des blocs récupérés de la cathédrale de Toulouse ou, plus tard, de l'abbatiale de Conques. Cet hommage direct à ses prédécesseurs du Moyen Age l'amuse beaucoup.

  Il n'y a pas de cheminement particulier des œuvres, elles sont parfois montrées à Toulouse ou à Paris, sans qu'il y ait pour aut9nt une sélection particulière pour la capitale. Comme pour la plupart de ses confrères, certaines sculptures suivent l'artiste une partie de sa vie et sont exposées plusieurs fois, ce qui est d'ailleurs révélateur de l'importance qu'elles avaient à ses yeux. Ainsi, l'hommage à Marcel-Lenoir de 1923 sera exposé jusqu'en 1936. D'autre part, une même œuvre peut être modifiée tant dans ses dimensions que dans son matériau. Son grand succès, L'offrande est ainsi réalisé en bois, en bronze, en plomb et en pierre. Ce type de démarche reste bien sûr lié aux achats effectués à l'artiste.

  Ses relations dans les années 20-30 le mettent en contact avec des artistes mais aussi avec des artisans comme le doreur Courtiade ou le photographe Albinet. Parmi les artistes, il fréquente assidûment ses anciens élèves Saint-Saëns et Arbus et ils exposent souvent ensemble meubles, tapisseries et sculptures, figur,ant ainsi parmi les meilleurs ambassadeurs toulousains à Paris ou même à l'étranger (17). Parmi les peintres, outre Marcel-Lenoir, ses amis seront Desnoyer, Brune, Cavaillès, Fages, Bouillère et Cadène; en sculpture, ses anciens élèves Monin et Duler. Puis son grand ami, le docteur Voivenel, amateur d'art et grand sportif qui fit obtenir à Parayre des commandes dans le milieu rugbystique, avec notamment le monument commémorant les victoires du Stade Toulousain en 1924 et le challenge Meyssonnié (La victoire pensive, 1925). Le milieu médical toulousain comporte de nombreux amateurs d'art et mécènes; les docteurs Soula, Voivenel, Audry ... sont bien plus que de simples clients de Parayre, certains d'entre eux ont eu une relation amicale avec l'artiste (18).

 

 

[JPG] La Jeunesse Parayre

"Jeunesse"
- 1923 -
Cachet Fondeur R.Carvillani
Voir Thèse de Laurent FAU
(Arrière petit-fils de l’artiste)
sous le n° 58


"JEUNESSE"

H: 77 cm

- 1923 -

Fondeur: R. Carvillani - Cire perdue -

Tout dans cette gracieuse jeune fille semble exprimer la coquetterie.

Le corps élancé, les yeux allongés, le long coup et l'attitude du personnage contribuent à donner une image de biche, appréciée à cette époque et souvent traitée par Joseph Bernard. Le personnage est debout, la jambe droite fléchie, légérement en retrait, le bras droit replié sur la poitrine, le gauche porté à la nuque très stylisé. La tête tournée vers la gauche s'incline légerement. Les épaules sont tombantes, les seins ronds se situent assez haut dans la poitrine.

Le visage comme à l'accoutumé comporte peu de détails, la coiffure est retenue par des tresses enroulées en chignon.

Extrait n° 58 du Mémoire de Maîtrise de M. Laurent FAU, Arrière petit-fils de l'Artiste / Université de Toulouse-le-Mirail / U.F.R. Histoire de l'Art / Octobre 1997 / 


Bibliographie:

Henry Parayre; "La crise de l'Apprentissage", Toulouse 1910

Charles Malpet; "Henri Parayre" in l'Art Décoratif, 1913, pp.185-190

Paris, Galerie Joseph Billiet, H. Parayre(Catalogue d'Expo. 1923,préface de Vaudoyer)Paris, Galerie Joseph Billiet, H. Parayre(Catalogue d'Expo. 1924,préface de Largue)

Paul Fierens, Henry Parayre, Paris 1927

Léon Dordoré, "Henri Parayre" L'Amour de l'Art, 1927

J.L. Vaudoyer, "Henri Parayre" Renaissance de l'Art Français, 1928

Georges Gaudion, "Henry Parayre. Sculpteur", Toulouse 1934

                   


  D'autres mécènes, tels que les Fayet d'Andoque à l'abbaye de Fontfroide, ont fait travailler Parayre, en lui commandant une série de bustes et de statues. Ses séjours prolongés avec d'autres peintres et sculpteurs à l'abbaye font de celle-ci un centre de création artistique.


LA CONSÉCRATION OFFICIELLE

  A partir des années 30, la renommée de l'artiste va croître de plus en plus: les commandes publiques sont plus nombreuses, la presse locale de plus en plus élogieuse. Avec le début de la notoriété, viennent les commandes publiques qui débutent à Carcassonne où l'artiste exécute en 1927 un monument en l'honneur du compositeur. Paul Lacombe, inauguré en 1929. Les autres commandes se situent à une exception près, à Toulouse. La même année est inauguré le le monument dédié à Jean-Jaurès au square du Capitol. En 1933, La littérature classique et La jeune littérature (fig.4 et 5) font partie du décor de la bibliothèque municipale; à l'intérieure de celle-ci Parayre, ainsi que de nombreuses persolanités toulousaines vêtues à l'antique figurent sur un grand panneau peint par Marc Saint Saëns dans la salle de lecture. L'année suivante Femme à l'Enfan, orne la nouvlle piscine municipal. L'année 1936correspond à la réalisation du monument en l'honneur de son ami, le poète Marc Lafargue, au square des Augustins En 1937, il exécute un bas relief pour un immeuble situé entre le Grand Rond Point et le Canal du Midi représentant autour d'un nu féminin Les Loisirs et le Travail.

   L'art monumental n'est peut-être pas celui dans lequel Parayre est le plus à l'aise, c'est pourtant de telles oeuvres qui contribuent à l'époqueà la consécration d'un artiste.

  Autre signe de reconnaissance de son Art, la Manufacture de Sèvres passe en 1929 un contrat avec Parayre afin de commercialiser en grès tendre, quatre de ses oeuvres à tirage limité: Le Buveur d'Eau, L'Offrande, Groupe de deux femmes et Bacchante mélancolique.

[JPG] Parayre_terre_cuite_1931_h31cm

Terre cuite, Signée et datée 31

H: 31 cm

  L'année 1933 va correspondre à la consécration de l'Artiste. Ilest fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1933, puis est nommé sous-directeur de l'École des Beaux-Arts deux mois plus tard. Ces nouvelles fonctions ralentissent la production du sculpteur, mais il livre encore de trois à six sculptures par an, dont certaines de grands formats.

  Une autre année marquante pour Parayre est 1937,il fait partie des artistes retenus pour participer à la grande Exposition, Les Maîtres de l'Art Indépendant - 1895-1937, qui réunit plus de 1500 peintures et sculptures comptemporaines au Petit-Palais, dans le cadre de l'Exposition Universellede 1937.

   Organisée dans la perspective de la création d'un musée d'art moderne, cette manifestation connue un très vif succès. Elle entendait montrer aux yeux du monde "ll'hégémonie artistique de la france"; Elle était placée sous la responsabilité de Raymond Escholier, conservateur du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, entouré d'un comité de sélection que dirigeait l'ancien président du Conseil des Ministres et grand amateur d'Art, Albert Sarraut.

  Ce dernier, il faut le souligner, connaissait déjà et appréciait Henry Parayre dont un nu figurait en bonne place dans sa collection. De plus en qualité de Sénateur de l'Aude, il avait présidé en 1929 l'inauguration du monument au compositeur Paul Lacombe, à Carcasonne.

  Parayre était représentéà l'exposition par six oeuvres, - soit deux de plus que son compatriote René Abbal - parmi lesquelles on remarquait l'Athlète en broze qui sera finalement acquis pour le Muséed'Art Moderne. L'oeuvre avit figurée pour la première fois, l'année précedente, à l'Exposition du quatorzième "Groupe desArtistes de ce temps", organisée par le même Raymond Escholier...

 

 

[JPG] La Jeunesse_détail

"La Jeunesse" 1923 

 

 


 

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